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Centre TAO du Service Yezu Mwiza : Redonner une Seconde Chance, Reconstruire des Vies

Publié le 11/08/2026 - Catégorie: Actualité du SYM ...

Au-delà de la dépendance, il y a une personne. Au-delà d’un traitement, il y a une vie à reconstruire. Au Burundi, la consommation de drogues injectables constitue un défi de santé publique qui touche non seulement les personnes concernées, mais aussi leurs familles et l’ensemble de la communauté. Pendant longtemps, les personnes confrontées à la dépendance ont souvent été perçues à travers le prisme de leur consommation, de la stigmatisation et de l’exclusion. Elles sont associées à des crimes. Pourtant, derrière chaque personne dépendante se trouvent une histoire, une famille, des enfants, des rêves interrompus et, surtout, une possibilité de changement.

C’est dans cette conviction qu’est né le Centre de Traitement Agoniste aux Opioïdes (TAO) Mpumuriza du Service Yezu Mwiza pour offrir aux personnes qui s’injectent des opioïdes une véritable possibilité de sortir du cycle de la dépendance, de retrouver leur santé, leur dignité et progressivement leur place dans la société. Le centre compte actuellement 181 bénéficiaires.

De la dépendance à l’espoir

La création du Centre pilote TAO est le fruit d’une volonté collective du gouvernement du Burundi, des organisations de la société civile et de nos partenaires techniques et financiers notamment le Fonds Mondial à travers le PNUD, de répondre concrètement à une réalité devenue de plus en plus préoccupante. Les données disponibles ont montré une forte vulnérabilité des personnes qui s’injectent des drogues face au VIH, aux hépatites virales, à la syphilis, à la tuberculose et à d’autres problèmes de santé. En 2021, la prévalence du VIH parmi les personnes qui s’injectent des drogues était estimée à 14,1 %, contre 0,9 % dans la population générale. Chez les femmes qui s’injectent des drogues, cette prévalence atteignait 40,1 %, révélant une vulnérabilité particulièrement importante.

Face à cette situation, il ne suffisait plus de traiter les conséquences médicales. Il fallait proposer une réponse globale, durable et humaine. Le Service Yezu Mwiza, grâce à la bonne collaboration avec ses partenaires, a ainsi fait le choix d’investir dans une approche fondée sur le traitement, l’accompagnement psychosocial, la prévention, la réduction des risques et la réintégration sociale. Le Centre TAO est devenu progressivement un espace où les bénéficiaires peuvent être accueillis sans jugement, recevoir un traitement approprié et intégré, être accompagnés par des professionnels et recommencer à envisager leur avenir.

Un traitement, mais surtout un parcours de reconstruction

Le traitement agoniste aux opioïdes constitue une étape essentielle pour aider les personnes dépendantes à retrouver une stabilité et à réduire les risques liés à la consommation. Mais au Service Yezu Mwiza, le TAO ne se limite pas à la délivrance d’un traitement. Chaque bénéficiaire est considéré dans sa globalité.

L’équipe accompagne les bénéficiaires dans leur parcours médical et psychosocial, favorise leur accès aux autres services de santé et les aide progressivement à reconstruire leurs relations familiales et sociales. Le Centre contribue également à identifier et à prendre en charge les problèmes de santé fréquemment associés à la consommation de drogues, notamment le VIH, les hépatites, la tuberculose et les infections sexuellement transmissibles.

Cette approche intégrée permet de transformer le Centre TAO en un véritable point d’entrée vers un ensemble de services de santé et d’accompagnement. Mais le changement le plus important se mesure parfois autrement : dans la capacité d’une personne à reprendre confiance, à retrouver une relation avec sa famille, à recommencer à travailler et à envisager un avenir.


 

Des chiffres qui racontent des vies

Aujourd’hui, le Centre TAO accompagne 181 bénéficiaires, tandis que plus de 60 personnes ont déjà atteint une stabilité leur permettant de reprendre progressivement une vie familiale, sociale et économique plus régulière. Nous remercions le Fonds Mondial à travers le Programme des Nations Unis pour le Développement (PNUD) pour son appui continu, et qui vient de financer les activités génératrices de revenus (AGR) pouvant contribuer à la réintégration socioprofessionnelle pour plus de 50 bénéficiaires du centre TAO. Derrière ces chiffres se trouvent des parcours humains. Des personnes qui, hier encore, étaient prisonnières de la consommation et de ses conséquences peuvent aujourd’hui prendre leur traitement régulièrement, prendre soin d’elles-mêmes, renouer avec leurs proches et réfléchir à leur avenir. Le résultat le plus important n’est donc pas seulement le nombre de personnes inscrites au programme. C’est le nombre de vies qui recommencent à avancer, des familles, des enfants, des parents et des amis retrouvent des vies, espoir, confiance et dignité; des relations renouées, une nation qui retrouve ses enfants ; des hommes et femmes qui s’attèlent au développement et à la reconstruction de leurs vies et celle du pays.

« Je pensais ne plus pouvoir changer »

L’expérience des bénéficiaires illustre mieux que n’importe quelle statistique la portée du programme. Un bénéficiaire témoigne : «Avant de commencer le traitement, ma vie était devenue très difficile. Je ne pensais plus pouvoir changer. Le Centre m’a donné une possibilité de retrouver une certaine stabilité et de penser à nouveau à mon avenir. »

Un autre explique : « Ici, je n’ai pas seulement reçu un traitement. J’ai aussi été écouté et accompagné. Le fait que les gens ne me jugent pas m’a beaucoup aidé à continuer. »

Pour certains bénéficiaires, la transformation se manifeste également dans leurs relations avec leur entourage : «Ma famille avait perdu confiance en moi. Avec le temps, grâce à ma stabilité, j’ai commencé à retrouver cette confiance. Aujourd’hui, je travaille et suis utile à ma famille. »

Ces témoignages rappellent une réalité fondamentale : la récupération ne se résume pas à l’arrêt ou à la réduction de la consommation. Elle consiste aussi à retrouver une identité, des relations, des responsabilités et une raison d’espérer.

Quand la stabilité devient une contribution à la société

L’un des enseignements majeurs de l’expérience du Centre TAO est que la stabilisation médicale ouvre la porte à une ambition beaucoup plus grande : la réinsertion. Une personne qui retrouve sa stabilité peut redevenir un parent présent, un travailleur, un entrepreneur, un membre actif de sa communauté. C’est pourquoi le Service Yezu Mwiza souhaite désormais renforcer les possibilités de réinsertion socio-économique des bénéficiaires stabilisés. L’objectif est clair : ne pas laisser les personnes au milieu du chemin. Le traitement stabilise. L’accompagnement reconstruit. La réinsertion redonne l’autonomie. Cette vision doit guider la prochaine étape du développement du Centre. Nous reconnaissons à cet effet la contribution indéfectible du Fonds Mondial à travers le PNUD.

Une demande qui dépasse largement les capacités actuelles

Les résultats obtenus constituent une source d’encouragement, mais ils révèlent également l’ampleur des besoins. Le Centre fait face à une importante demande de nouvelles personnes souhaitant intégrer le programme TAO. Plus de 140 personnes sont sur la liste d’attente, enregistrées seulement dans la capitale de Bujumbura, tandis que la province de Gitega enregistre plus de 200 personnes nécessitant les mêmes services. Cette situation montre que les besoins sont supérieurs aux capacités actuelles de prise en charge. Elle constitue à la fois un défi et une preuve de la pertinence du modèle. Le BAPUD et le Service Yezu Mwiza font face à ces demandes excessives, et sont obligées de renvoyer chez elles des personnes, des parents, des amis ou des bénéficiaires (désirant être mis sous traitement), suite à l’incapacité du centre de les accueillir malgré qu’elles remplissent les critères d’éligibilité pour être mis sous le programme TAO. Le défi consiste désormais à augmenter la capacité d’accueil, renforcer les ressources humaines et matérielles, améliorer les services d’accompagnement et développer davantage les mécanismes de réintégration sociale et économique.

Vers une nouvelle étape : étendre l’expérience

Fort de l’expérience acquise, le Service Yezu Mwiza souhaite poursuivre le développement du modèle TAO et contribuer à rapprocher ces services des personnes qui en ont besoin. L’une des perspectives importantes est notamment le développement d’une nouvelle capacité de prise en charge à Gitega. Cette expansion permettrait d’améliorer l’accessibilité des services et de contribuer à une réponse plus large au problème de la dépendance aux opioïdes. Dans ces perspectives, le Service Yezu Mwiza vise le développement intégral de la population, en renforçant l’intégration du TAO dans une réponse globale comprenant la santé mentale et psychosociale, le dépistage et la prise en charge du VIH et des hépatites virales, la prévention des infections, l’accompagnement familial et la réinsertion socio-économique.

Une réussite collective

Le développement du Centre TAO n’aurait pas été possible sans la confiance et l’engagement de nombreux partenaires. Le Service Yezu Mwiza exprime sa profonde gratitude à ses bailleurs et partenaires, notamment Fonds Mondial qui finance le centre à travers le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), ainsi qu'au Gouvernement du Burundi, aux services de santé, aux partenaires techniques et financiers et aux organisations de la société civile qui œuvrent dans le domaine de la santé. Le Service Yezu Mwiza remercie également les professionnels de santé, les travailleurs sociaux, les accompagnateurs communautaires, les familles et toutes les personnes qui, chaque jour, contribuent à faire du Centre TAO un espace de confiance et d’espoir. Chaque contribution compte. Chaque partenariat permet d’aller plus loin. Et derrière chaque soutien se trouve une possibilité supplémentaire de changer une vie.

Une seconde chance est possible.

L’histoire du Centre TAO est avant tout une histoire de courage. Celle de personnes qui ont accepté de demander de l’aide. Celle de familles qui ont accepté de redonner leur confiance. Celle de professionnels qui ont choisi d’accompagner plutôt que de juger. Et celle de partenaires qui ont accepté d’investir dans une population souvent oubliée. Aujourd’hui, plus de 60 personnes stabilisées, après quelques mois de lancement du centre, montrent déjà qu’un changement est possible. Ces améliorations et reconstructions de vies prouvent l’efficacité du médicament et le travail remarquable des efforts collectifs des institutions susmentionnées. C’est aussi une démonstration réelle que les drogues se guérissent, personne ne peut perdre espoir même si la personne est déjà profondément plongée dans les drogues. L’expérience inspirante de Mr Gaël Bizimana et l’histoire documentaire du centre TAO corrobore cette argumentation. Ces personnes déjà stabilisées et la plupart réintégrées dans leurs familles, activités et fonctions, ne sont plus seulement des bénéficiaires d’un programme. Elles deviennent progressivement des acteurs de leur propre reconstruction et, pour certaines, des contributeurs à la vie de leurs familles et de leur communauté.

Cependant, pour le centre TAO, le chemin reste long. Les besoins sont considérables. Les ressources demeurent limitées. Mais l’expérience du Centre TAO porte un message simple et puissant : Une personne dépendante n’est pas une personne perdue. Avec un traitement adapté, un accompagnement humain, un environnement sans jugement et de véritables possibilités de réinsertion, une vie peut changer. Le Centre TAO du Service Yezu Mwiza ne distribue donc pas seulement un traitement. Il ouvre une porte. Une porte vers la stabilité. Une porte vers la dignité. Une porte vers la famille. Une porte vers l’autonomie. Une porte vers une seconde chance. Et cette seconde chance, chaque personne accompagnée mérite de pouvoir la saisir.


 

Références :

  1. J’avais perdu espoir. Aujourd'hui, je reconstruis ma vie : https://youtu.be/mOhbjrROBwc?si=gScAZwTMR5KT-Mb0

  2. Lancement du premier centre de traitement de substitution aux opiacés : https://www.iwacu-burundi.org/lancement-du-premier-centre-de-traitement-de-substitution-aux-opiaces/

  3. « Mon retour à la vie » – Service Yezu Mwiza : https://www.jesuits.global/fr/2026/06/26/mon-retour-a-la-vie-service-yezu-mwiza/

  4. PNUD - Le Burundi se dote d’un centre de traitement agoniste aux opiacés pour une prise en charge appropriée des usagers de drogues injectables : https://www.undp.org/fr/burundi/actualites/pnud-le-burundi-se-dote-dun-centre-de-traitement-agoniste-aux-opiaces-pour-une-prise-en-charge-appropriee-des-usagers-de-drogues

  5. Centre Jésuite TAO Mpumuriza : Là où renaît l’espoir (avec sous-titrage en Français) : https://youtu.be/iHHRkQkv1rQ?si=pwJUCDS8SNkDfm0Z

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